Reuters | 05.09.10 | 17h50
par Jan Strupczewski et Philip Blenkinsop
BRUXELLES (Reuters) - Près de trois mois après les élections, la Belgique se retrouve de nouveau dans la crise après la démission, entérinée ce week-end, d'Elio di Rupo, chef de file du Parti socialiste francophone qui a renoncé à son tour à tenter de former un gouvernement.
Le roi Albert II a accepté samedi soir la démission du socialiste wallon, qui n'a pu combler le fossé entre néerlandophones et francophones paralysant la vie politique belge depuis plus de trois ans.
Ce nouvel échec, après celui de la mission confiée au séparatiste flamand Bart de Wever, rend probable la tenue d'élections anticipées pour tenter de former un gouvernement de coalition viable et représentant les deux communautés linguistiques.
Sans aucune garantie cependant, vu les longues et tortueuses discussions qui ont suivi les récentes élections. Dans les colonnes de La Dernière heure, dimanche, Laurette Onkelinx, figure du PS francophone, prévient même qu'"il faut se préparer à la fin de la Belgique" et estime qu'"une grande partie de la population flamande" fait le voeu de la scission.
Si la Belgique est habituée à l'instabilité politique, et si nombre d'analystes jugent que les propos d'Onkelinx relèvent davantage d'une posture politique que d'une prophétie crédible, le pays peut difficilement se permettre de rester dans l'impasse au vu de l'ampleur de sa dette nationale, qui devrait dépasser les 100% du PIB l'année, et de l'attente de marchés financiers.
"LES NOUVEAUX DÉMINEURS"
Le roi Albert II a confié aux présidents de la Chambre des députés et du Sénat, le socialiste André Flahaut et le flamand Danny Pieters, du parti séparatiste N-VA (Nouvelle alliance flamande), une nouvelle mission de médiation.
"Le roi a chargé les présidents de la chambre basse et du Sénat d'une mission de médiation pour relancer les négociations pour former le gouvernement", a indiqué le palais dans un communiqué. Ce sont "les nouveaux démineurs !", ainsi que les présente La Dernière heure à la Une de son édition dominicale.
La formation de ce tandem est chargée de signification, selon le politologue belge Pierre Vercauteren. "Le fait que cette mission ne soit pas confiée à une seule personne, mais bien à un tandem, va sans doute indiquer la volonté de garder la logique", a-t-il indiqué sur les ondes de Bel RTL.
"Effectivement, il ne peut y avoir d'accord dans l'état actuel des choses sans un assentiment d'un côté du PS, et de l'autre côté, de la N-VA", ajoute-t-il.
Interrogé sur les chances de réussite de cette nouvelle médiation, il a estimé que tout allait dépendre de "l'état d'esprit dans lequel les différents partis autour de la table ont encaissé l'échec. Il faudra voir dans quelle mesure cet échec ne va pas laisser des séquelles de part et d'autre de la frontière linguistique", a-t-il indiqué.
Les deux médiateurs devront faire preuve de créativité dans les semaines qui viennent, a-t-il ajouté.
Les partis néerlandophones réclament une plus large autonomie pour la Flandre mais les Francophones craignent un appauvrissement de leur région, la Wallonie, et de Bruxelles.
La précédente coalition s'est effondrée après l'échec des deux communautés à parvenir à un accord concernant Bruxelles et les droits linguistiques spécifiques dont jouissent les francophones dans la banlieue flamande de la capitale.
Bart de Wever, responsable de la N-VA, qui a remporté d'un siège l'élection de juin, a jeté l'éponge en juillet, estimant qu'il n'y avait pas suffisamment de consensus sur les questions essentielles.
Di Rupo a accusé la N-VA et les démocrates flamands chrétiens (CD&V) d'être responsables de la fin des négociations en refusant une ultime proposition de compromis.
"Que veut la Flandre ?", s'interroge Le Soir dans un éditorial, dénonçant un "gâchis". "Aujourd'hui, avouons-le, les francophones ne comprennent plus très bien les demandes flamandes, pas plus que ce qui a bloqué dans cette dernière phase de négociation, jusqu'à les faire échouer."
La situation est "incompréhensible, totalement regrettable" à moins qu'"un magicien du quatrième type puisse dans les jours, les semaines, les mois qui viennent, trouver un compromis qui tienne la route pour toutes les parties", conclut l'éditorial du quotidien wallon.
Marine Pennetier et Henri-Pierre André pour le service français
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